Le nouvel orgue DESMOTTES

 

Extrait de l'analyse de Christian Lutz


Expert Organologue - Technicien-conseil pour les orgues, agréé par le Ministère de la Culture. - 67310,   Dangolsheim.

Un orgue d'inspiration nord-allemand du XVIIème

Première impression

 

• A la vue de la façade du buffet, de sa tourelle centrale polygonale et de ses plates- faces superposées, il est manifeste dès le premier coup d’œil que c’est l’orgue baroque hambourgeois du XVIIème siècle, tel qu’il a principalement été illustré par Arp Schnitger, qui a été choisi comme modèle. Cette première impression est confirmée par la composition des jeux, qui évoque indéniablement la palette sonore de l’orgue nord-allemand.

 

Raison d'un choix esthétique

 

• Alors que la ville et l’agglomération paloise comptent de nombreux instruments d’esthétique symphonique ou néo-classique, on n’y trouvait jusqu’alors aucun orgue baroque allemand, particulièrement adapté à l’œuvre de J.S. Bach, de ses nombreux prédécesseurs et de ses fils et élèves.


• Cette orientation est particulièrement bienvenue pour l’organisation de concerts mais aussi pour la pédagogie de l’orgue, lorsque l’on se souvient que le répertoire de J.S. Bach constitue la colonne vertébrale de tout apprentissage de l’orgue.

 

Protestantisme et musique d'orgue

 

• Le protestantisme français étant entré dans la clandestinité après la révocation de l’Édit de Nantes, il n’avait pu développer une culture de l’orgue comme instrument d’accompagnement du chant d’assemblée, comme cela avait été le cas en Hollande ou dans les pays germanophones ou scandinaves.

 L’orgue baroque allemand, dans ses versions hanséatiques ou saxonnes et l’orgue hollandais sont certainement les instruments les plus adaptés à l’accompagnement du chant d’assemblée, que ce soit le choral luthérien ou le psaume huguenot, alors que les orgues français, qu’ils soient classiques, romantiques ou symphoniques, mais aussi les orgues ibériques ou italiens conviennent assez mal à cette mission.

Le répertoire baroque allemand comporte plus qu’aucun autre de nombreuses œuvres inspirées par les mélodies de chorals et de psaumes, qui sont encore aujourd’hui chantées dans les cultes dominicaux.


• L’acoustique peu réverbérante du temple, analytique plus qu’enveloppante, convient très bien à ce type d’instrument et servirait beaucoup moins bien un orgue français, espagnol ou italien.


 Instrument construit en 1695, achevé 1698.
Orgue de l'église réformée de Nieuw Scheida (Hollande) : Instrument historique œuvre d’Arp Schnitger, facteur allemand de Neuenfelde.

Orgue de l'église réformée de Pau . œuvre de F. Desmottes facteur à Landete (Espagne)
Orgue de l'église réformée de Pau . œuvre de F. Desmottes facteur à Landete (Espagne)

 

L'orgue :

Ce qui a été tenté n'était de construire strictement une copie d’un modèle ancien,  mais de  réaliser une interprétation en tenant compte du contexte du XXIème siècle.

En particulier, les claviers de 56 notes aux lieu des 45 notes présentes chez Schnitger et le pédalier de 30 marches au lieu des 25 notes des pédaliers nord-allemands permettent de ne pas s’en tenir au répertoire composé à Hambourg et environs et de permettre d’aborder des pans importants du répertoire allemand des siècles suivants.

Le buffet :

La façade est conforme aux modèles de Schnitger (cf. Blankenhagen,
 Godlinze, Hamburg-Bergstedt, Harkstede,
Nieuw Scheemda 
etc.). Les tuyaux de façade ont des aplatissages
 en plein cintre et non en triangle, comme dans les modèles 
germaniques.

Il y a moins d’ornements sculptés que dans les modèles hambourgeois, la décoration sculptée se limite ici aux claires-voies supérieures des tourelles et des plates- faces. Les claires-voies inférieures, consubstancielles aux buffets nord-allemands, sont ici absentes, comme c’est le cas de la plupart des orgues d’inspiration nord-allemande construits en France durant les trente dernières années (Amilly, temple de Belfort, Béthune, Ciboure, Paris St-Louis-en-l’Ile, Augustins de Toulouse, etc.).

Il n’y a ni couronnements – qui n’auraient pas trouvé place sous la voûte du temple – ni de jouées sur les côtés des tourelles plates. 

La console :

 

La fenêtre des claviers, dépourvue de portes comme dans les modèles nord-allemands, s’enfonce assez peu dans le soubassement. Alors que dans les orgues à deux claviers de Schnitger la séparation entre les deux claviers se situe au milieu de la longueur des feintes du pédalier, ici les feintes de la pédale sont presque entièrement situées sous le deuxième clavier. Cela facilitera une utilisation plus moderne de l’orgue, avec l’utilisation des talons à la pédale; l'utilisation des talons restait très exceptionnelle en Allemagne au XVIIème siècle.

Les deux claviers manuels évoquent ceux de l’orgue baroque français.

Les cotes des touches sont celles d’un clavier moderne. Si la division (163 mm pour une octave ou 488 mm pour trois octaves) est très proche de celle des orgues allemands (164 mm à l'orgue Schnitger de Cappel), plus large que celle de l’orgue classique français, les palettes des naturelles sont assez longues, avec 43 mm au lieu des 37 mm à Cappel, de même que les feintes, qui ont 72 mm au lieu de 56,5 mm à Cappel. Cela facilite le travail lorsque l’on joue des œuvres de Liszt, de Schumann ou de  Brahms 3/10 mais rend plus délicat de retrouver les doigtés originels du répertoire plus ancien.

L’accouplement à tiroir du positif sur le grand-orgue se fait par déplacement du deuxième clavier sur le premier, par l’intermédiaire de deux boutons sur le cadre du clavier supérieur.

Le pédalier droit, avec marches
 en chêne et feintes à becs, s’inspire
 des modèles anciens.
 L'adoption des cote s
modernes, avec le deuxième ré du
pédalier situé sous le troisième ré des
claviers manuels facilite une utilisation pédagogique plus
 ouverte sur les répertoires récents. Par contre pour une 
pédagogie davantage centrée sur 
l’orgue baroque allemand, les
 marches assez longues et parallèles au
plancher, non relevées vers les feintes,
 et les ressorts placés sous les marches, 
ne diffèrent des conditions originelles d’interprétation de la musique nord-allemande.



Les tirants de jeux sont disposés à la française ou à l’espagnole, sur deux colonnes, c’est souvent plus facile à tirer en cours de jeu que les tirants à la nord-allemande, disposés sur plusieurs rangées de part et d’autre des claviers. Les pommeaux sont en buis pour les claviers manuels et en bois fruitier pour les jeux de pédale et le tremblant.

Les tirasses permettant de jouer les jeux des deux claviers manuels à la pédale sont un compromis d’autant plus utile que la pédale ne compte que deux jeux propres (Soubasse 16 et Posaune 8) et un jeu en emprunt (Principal 8).

La mécanique :

La mécanique des notes est conforme aux modèles historiques par ses tracés et plus moderne par sa réalisation, avec des rouleaux d’abrégés en fer carré et des serres-câbles pour le réglage des tirasses.

 Les sommiers :

Alors que les sommiers anciens en Allemagne sont le plus souvent confectionnés en chêne, ceux-ci sont construits en pin. Le pin dégage moins de vapeurs d'acide acétique que le tanin du chêne, acide acétique qui provoque d'autant plus facilement des corrosions du métal que le plomb est plus pur.

Les tirants de jeux


• Les tirants des jeux sont disposés à la française ou à l’espagnole, sur deux colonnes, c’est souvent plus facile à tirer en cours de jeu que les tirants à la nord-allemande, disposés sur plusieurs rangées de part et d’autre des claviers. Les pommeaux en buis pour les claviers manuels et en bois fruitier pour les jeux de pédale et le tremblant sont d’une sobriété qui évoque davantage les modèles latins que germaniques.

Les tirasses permettant de jouer les jeux des deux claviers manuels à la pédale sont un compromis d’autant plus utile que la pédale ne compte que deux jeux propres (Soubasse 16 et Posaune 8) et un jeu en emprunt (Principal 8).

La mécanique :

La mécanique des notes est conforme aux modèles historiques par ses tracés et plus moderne par sa réalisation, avec des rouleaux d’abrégés en fer carré et des serres-câbles pour le réglage des tirasses.

Les sommiers :

Alors que les sommiers anciens en Allemagne sont le plus souvent confectionnés en chêne, ceux-ci sont construits en pin. Le pin dégage moins de vapeurs d'acide acétique que le tanin du chêne, acide acétique qui provoque d'autant plus facilement des corrosions du métal que le plomb est plus pur.


Quinze jeux, bientôt seize...